conte et cercle de parole

Conte et cercle de parole vers l’orientation existentielle et professionnelle

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Intentions, contexte et public  

Ce conte de Marguerite Yourcenar a été résumé et parsemé de questions à faire tourner en cercle de parole dans l’intention d’accompagner un groupe de jeunes ados (13-16 ans) mal voyant ou aveugles à se mettre en réflexion sur leur projet professionnel.

Cette séance de 3h a été précédée d’une séance sur l’estime de soi et suivi d’une autre ayant pour but de clarifier les conditions dans lesquelles ces jeunes voudraient travailler. La séance ci-dessous avait pour but d’accompagner chaque jeune à préciser le sens qu’il souhaite donner à sa vie, à préciser ses motivations à développer certaines compétences et à tenir compte de limites perçues ou ressenties dans leur vies.

 

Mise en route :

tour météo / attentes / jeu de créativité : ceci n’est pas une chaise

 

Pause après 3 cercles

jeu de reprise avec un jeu physique : « avec/ pour / sans / contre » pour introduire dans le corps la question d’être soutenu, empêché, livré à soi-même

 

Conte et cercles de paroles : « Comment Wang-Fô fut sauvé »                                    

Le vieux peintre Wang-Fô et son disciple Ling erraient le long des routes du royaume de Han. Ils avançaient lentement, car Wang-Fô s’arrêtait la nuit pour contempler les astres, le jour pour regarder les libellules.

Ils étaient peu chargés, car Wang-Fô aimait l’image des choses, et non les choses elles-mêmes, et nul objet au monde ne lui semblait digne d’être acquis, sauf des pinceaux, des pots de laque et d’encres de Chine, des rouleaux de soie et de papier de riz. Ils étaient pauvres, car Wang-Fô troquait ses peintures contre une ration de bouillie de millet et dédaignait les pièces d’argent. […]

 

Cercle de parole 1 :

“Une chose que j’aime faire maintenant et qui se rapporte à mon futur métier.”

 

Ling n’était pas né pour courir les routes au côté d’un vieil homme […] Ling avait grandi dans une maison d’où la richesse éliminait les hasards. Cette existence soigneusement calfeutrée l’avait rendu timide : il craignait les insectes, le tonnerre […] Une nuit, dans une taverne, il eut Wang-Fô pour compagnon de table. Le vieil homme avait bu pour se mettre en état de mieux peindre un ivrogne […] L’alcool de riz déliait la langue de cet artisan taciturne, et Wang ce soir-là parlait comme si le silence était un mur, et les mots des couleurs destinées à le couvrir. […] Un coup de vent creva la fenêtre ; l’averse entra dans la taverne. Wang-Fô se pencha pour faire admirer à Ling la zébrure livide de l’éclair, et Ling, émerveillé, cessa d’avoir peur de l’orage. Ling paya l’écot du vieux peintre : comme Wang-Fô était sans argent et sans hôte, il lui offrit humblement un gîte. […] Dans la cour, Wang-Fô remarqua la forme délicate d’un arbuste, auquel personne n’avait prêté attention jusque-là, et le compara à une jeune femme qui laisse sécher ses cheveux. Dans le couloir, il suivit avec ravissement la marche hésitante d’une fourmi le long des crevasses de la muraille, et l’horreur de Ling pour ces bestioles s’évanouit. Alors, comprenant que Wang-Fô venait de lui faire cadeau d’une âme et d’une perception neuves, Ling coucha respectueusement le vieillard dans la chambre où ses père et mère étaient morts.

Depuis des années, Wang-Fô rêvait de faire le portrait d’une princesse d’autrefois jouant du luth sous un saule. Ling fit poser sa propre femme sous le prunier du jardin. [devenu s]on disciple Ling broyait les couleurs. […]

 

Cercle de parole 2 :

« Une fois où j’ai aidé quelqu’un … »

 

Ling vendit successivement ses esclaves, ses jades et les poissons de sa fontaine pour procurer au maître des pots d’encre pourpre qui venaient d’Occident. Quand la maison fut vide, ils la quittèrent, et Ling ferma derrière lui la porte de son passé. Wang-Fô était las d’une ville où les visages n’avaient plus à lui apprendre aucun secret […], et le maître et le disciple vagabondèrent ensemble sur les routes du royaume de Han.

Leur réputation les précédait dans les villages, au seuil des châteaux forts et sous le porche des temples […]. On disait que Wang-Fô avait le pouvoir de donner la vie à ses peintures par une dernière touche de couleur qu’il ajoutait à leurs yeux. Les fermiers venaient le supplier de leur peindre un chien de garde, et les seigneurs voulaient de lui des images de soldats. Les prêtres honoraient Wang-Fô comme un sage ; le peuple le craignait comme un sorcier. Wang se réjouissait de ces différences d’opinions qui lui permettaient d’étudier autour de lui des expressions de gratitude, de peur, ou de vénération.

 

Cercle de parole 3 :

« Et vous, comment aimeriez-vous que l’on parle de vous ? »

ou  « Quelles compétences aimeriez-vous que les autres vous reconnaissent ?»

Ling mendiait la nourriture, veillait sur le sommeil du maître. Au point du jour, quand le vieux dormait encore, il partait à la chasse de paysages […]. Le soir, quand le maître, découragé, jetait ses pinceaux sur le sol, il les ramassait. Lorsque Wang était triste et parlait de son grand âge, Ling lui montrait en souriant le tronc solide d’un vieux chêne […]

Un jour, au soleil couchant, ils atteignirent les faubourgs de la ville impériale, et Ling chercha pour Wang- Fô une auberge où passer la nuit. […] A l’aube, des pas lourds retentirent dans les corridors de l’auberge ; on entendit […] des commandements criés. Ling frémit, se souvenant qu’il avait volé la veille un gâteau de riz pour le repas du maître. Ne doutant pas qu’on ne vînt l’arrêter, il se demanda qui aiderait demain Wang-Fô à passer le gué du prochain fleuve.

Les soldats entrèrent avec des lanternes. La flamme filtrant à travers le papier bariolé jetait des lueurs rouges ou bleues sur leurs casques de cuir. La corde d’un arc vibrait sur leur épaule, et les plus féroces poussaient tout à coup des rugissements sans raison. Ils posèrent lourdement la main sur la nuque de Wang- Fô […]

Soutenu par son disciple, Wang-Fô suivit les soldats en trébuchant le long des routes inégales. […]

 

Cercle de parole 4 :

 « Une fois ou quelqu’un m’à forcé à ou m’a empêché de … »

Ils arrivèrent sur le seuil du palais impérial, dont les murs violets se dressaient en plein jour comme un pan de crépuscule. Les soldats firent franchir à Wang-Fô d’innombrables salles […]. Les portes tournaient sur elles-mêmes en émettant une note de musique […], et tout se concertait pour donner l’idée d’une puissance et d’une subtilité surhumaines […] les soldats tremblèrent […] et la petite troupe entra dans la salle où trônait le Fils du Ciel. […]

Le Maître Céleste était assis sur un trône de jade, et ses mains étaient ridées comme celles d’un vieillard, bien qu’il eût à peine vingt ans. […] Son visage était beau, mais impassible […]

– Dragon Céleste, dit Wang-Fô prosterné, je suis vieux, je suis pauvre, je suis faible. Tu es comme l’été ; je suis comme l’hiver. Tu as Dix Mille Vies ; je n’en ai qu’une, et qui va finir. Que t’ai-je fait? On a lié mes mains, qui ne t’ont jamais nui. […]

– Tu me demandes ce que tu m’as fait, vieux Wang-Fô ? reprit l’Empereur en penchant son cou grêle vers le vieil homme qui l’écoutait. Je vais te le dire. Mais,[…] pour te mettre en présence de tes torts, je dois te promener le long des corridors de ma mémoire, et te raconter toute ma vie. Mon père avait rassemblé une collection de tes peintures dans la chambre la plus secrète du palais, […]. C’est dans cette salle que j’ai été élevé, vieux Wang-Fô, car on avait organisé autour de moi la solitude pour me permettre d’y grandir. Pour éviter à ma candeur l’éclaboussure des âmes humaines, on avait éloigné de moi le flot agité de mes sujets futurs, […]; les heures tournaient en cercle ; les couleurs de tes peintures s’avivaient avec l’aube et pâlissaient avec le crépuscule. La nuit, quand je ne parvenais pas à dormir, je les regardais, et, pendant près de dix ans, je les ai regardées toutes les nuits. Le jour, […] je rêvais aux joies que me procurerait l’avenir. Je me représentais le monde, […Et,] pour m’aider à me représenter toutes ces choses, je me servais de tes peintures.

Tu m’as fait croire que la mer ressemblait à la vaste nappe d’eau étalée sur tes toiles, si bleue qu’une pierre en y tombant ne peut que se changer en saphir, […

A seize ans, j’ai vu se rouvrir les portes qui me séparaient du monde : je suis monté sur la terrasse du palais pour regarder les nuages, mais ils étaient moins beaux que ceux de tes crépuscules. […J’]ai parcouru les provinces de l’Empire sans trouver tes jardins […]. Les cailloux des rivages m’ont dégoûté des océans […] Tu m’as menti, Wang-Fô, vieil imposteur : […] Le royaume de Han n’est pas le plus beau des royaumes, et je ne suis pas l’Empereur.

 

Cercle de parole 5 :

« Et vous, qu’est-ce qui vous choque et vous déçoit dans le monde ? »

Le seul empire sur lequel il vaille la peine de régner est celui où tu pénètres, vieux Wang, […] Toi seul règnes en paix sur des montagnes couvertes d’une neige qui ne peut fondre, et sur des champs de narcisses qui ne peuvent pas mourir. Et c’est pourquoi, Wang-Fô, j’ai cherché quel supplice te serait réservé, à toi dont les sortilèges m’ont dégoûté de ce que je possède, et donné le désir de ce que je ne posséderai pas. Et pour t’enfermer dans le seul cachot dont tu ne puisses sortir, j’ai décidé […] qu’on te couperait les mains. M’as-tu compris, vieux Wang-Fô ?

J’ai d’autres projets, vieux Wang-Fô. Je possède dans ma collection de tes oeuvres une peinture admirable où les montagnes, l’estuaire des fleuves et la mer se reflètent, infiniment […]  Mais cette peinture est inachevée, Wang-Fô, et ton chef d’oeuvre est à l’état d’ébauche. […] Tu n’as pas terminé les franges du manteau de la mer, ni les cheveux d’algues des rochers. Wang-Fô, je veux que tu consacres les heures de lumière qui te restent à finir cette peinture, […]

Sur un signe du petit doigt de l’Empereur, deux esclaves apportèrent respectueusement la peinture inachevée où Wang-Fô avait tracé l’image de la mer et du ciel. Wang-Fô sécha ses larmes et sourit, car cette petite esquisse lui rappelait sa jeunesse. […] Wang-Fô choisit un des pinceaux que lui présentait un esclave et se mit à étendre sur la mer inachevée de larges coulées bleues. […]

Wang commença par teinter de rose le bout de l’aile d’un nuage posé sur une montagne. Puis il ajouta à la surface de la mer de petites rides qui ne faisaient que rendre plus profond le sentiment de sa sérénité.

 

Cercle de parole 6 :

Et « « Ce que j’aimerais apporter au monde… » ou « Mon plus grand rêve.. »

Le pavement de jade devenait singulièrement humide, mais Wang-Fô, absorbé dans sa peinture, ne s’apercevait pas qu’il travaillait assis dans l’eau. Le frêle canot grossi sous les coups de pinceau du peintre occupait maintenant tout le premier plan du rouleau de soie. Le bruit cadencé des rames s’éleva soudain dans la distance, rapide et vif comme un battement d’aile. […] Dans l’eau jusqu’aux épaules, les courtisans, immobilisés par l’étiquette, se soulevaient sur la pointe des pieds. […]

Wang-Fô se saisit du gouvernail, et Ling se pencha sur les rames. La cadence des avirons emplit de nouveau toute la salle, ferme et régulière comme le bruit d’un coeur. Le niveau de l’eau diminuait insensiblement autour des grands rochers verticaux qui redevenaient des colonnes. […]

Le rouleau achevé par Wang-Fô restait posé sur la table basse. Une barque en occupait tout le premier plan. Elle s’éloignait peu à peu […] L’Empereur, penché en avant, la main sur les yeux, regardait s’éloigner la barque de Wang  qui n’était déjà plus qu’une tache imperceptible dans la pâleur du crépuscule. Une buée d’or s’éleva et se déploya sur la mer. Enfin, la barque vira autour d’un rocher qui fermait l’entrée du large ; l’ombre d’une falaise tomba sur elle ; le sillage s’effaça de la surface déserte, et le peintre Wang-Fô […] disparu[t] à jamais sur cette mer de jade bleu que Wang- Fô venait d’inventer.

 

Cercle de parole 7 :

“Un jour, je réaliserai quelque chose que je n’ai pas encore fait.”

 

Clôture et bilan

Demander aux jeunes de composer un texte intitulé: “Je deviendrai bientôt adolescent(e) ou adulte”. En leur demandant d’énumérer leurs aspirations, motivations, leurs espoirs, les problèmes éventuels et les moyens possibles de les éviter ou de les résoudre, de décrire aussi la personne qu’ils veulent devenir.

Suivi éventuellement de « ce que je retiens »

Une jeune du groupe à répondu à cette dernière question «  J’aimerais beaucoup avoir des discussions aussi profondes avec mes copines au collège, mais je j’y arrive pas. »

 

Notes :

Ce conte a été assorti quelques années plus tôt par Chloé di Cintio,  de questions autour de l’identification de nos croyances limitantes et des conditions propices à nous en libérer.

Les coupes dans le texte étaient alors probablement différentes. Les questions n’ont pas été conservées.

Pour adapter ce conte sur d’autres thématiques de votre choix, vous trouverez aisément sur internet la version complète de ce conte.

 

Les passages du conte sont extraits de  Marguerite Yourcenar , Nouvelles orientales, Comment Wang-Fô fut sauvé

Résumé du conte et la  progression de questions : Chloé di Cintio

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