Une pratique relationnelle pour renforcer le pouvoir d’agir… et le pouvoir de sentir.

Le théâtre-forum est une forme de théâtre participatif issue du Théâtre de l’opprimé, développé par Augusto Boal. Sa force tient en une idée simple : au lieu de raconter des histoires “sur” les gens, il propose de jouer des situations réelles et d’inviter le public à devenir acteur de la recherche de solutions. On ne regarde plus seulement une scène : on l’explore, on la transforme, on teste d’autres manières d’agir.

Chez EnVies EnJeux, nous pratiquons le théâtre-forum depuis plus de quinze ans. Nous l’inscrivons dans une démarche que nous appelons relationnelle (ou psycho-sociale) et nous le combinons avec d’autres outils scéniques (théâtre-image, saynètes…) et non scéniques (écoute empathique, entraide affective…). Notre question centrale est la suivante : comment générer des relations plus épanouissantes pour chacun·e, dans des situations complexes du quotidien ?

Le théâtre-forum : une méthode pour travailler le réel

Le théâtre-forum met en scène une situation de tension : un conflit au travail, une injustice, une humiliation banale, une incompréhension qui s’envenime, une pression familiale, un rapport d’autorité difficile, une discrimination, un silence qui enferme… La scène n’est pas là pour délivrer une morale. Elle sert de laboratoire vivant.

À un moment, la représentation s’arrête et le public est invité à proposer des alternatives :

On expérimente. On observe. On ajuste. Et surtout, on apprend à distinguer plusieurs niveaux : ce que je veux faire, ce que je parviens réellement à faire, ce que l’autre comprend, et ce que la situation rend possible.

Trois grands accents possibles… et notre choix

Le Théâtre de l’opprimé a donné naissance à une grande diversité de pratiques. Sans les opposer, on peut repérer trois accents fréquents dans les manières de faire du théâtre-forum.

1) L’accent politique et systémique

Certaines démarches mettent l’accent sur les rapports de pouvoir, les normes, les mécanismes de domination, les inégalités structurelles. Elles permettent de nommer ce qui pèse sur les trajectoires individuelles : genre, classe, racisme, validisme, organisation du travail, institutions… Cette approche est précieuse pour comprendre comment un problème “personnel” est souvent aussi un problème collectif. Elle nourrit l’éducation populaire : faire circuler des connaissances, susciter des prises de conscience, créer de la solidarité et du pouvoir d’agir.

2) L’accent psychologique et intrapersonnel

D’autres approches se concentrent sur le vécu intérieur : autocensure, peurs, désir, honte, loyautés invisibles, mécanismes de défense, “flic dans la tête”. Elles sont utiles pour dénouer des conflits internes, repérer ce qui nous bloque et ce qui nous protège, remettre du mouvement là où la personne se sent figée.

3) L’accent relationnel (psycho-social) : notre angle

Chez EnVies EnJeux, nous choisissons de mettre la loupe sur ce qui se passe dans la relation, en tenant compte du contexte, et en restant ancrés dans le concret :

Notre démarche est inductive : nous partons de situations vécues et nous regardons ce qui se transforme quand un protagoniste modifie un geste, une posture, une phrase, un ton, un niveau d’engagement. Nous cherchons moins “la bonne réponse” que des réponses plus ajustées, plus respectueuses de soi, de l’autre et du cadre.

Une place centrale pour les affects

Dans le théâtre-forum, la scène touche souvent une zone sensible : peur de déplaire, colère, impuissance, honte, confusion, sentiment d’injustice… Ces affects ne sont pas un détail : ils influencent nos décisions, notre capacité à parler, à écouter, à tenir une position.

Notre approche donne de la place au pouvoir de sentir : apprendre à reconnaître ce qui se passe en soi, à retrouver une marge de choix, à ne pas se laisser entièrement gouverner par l’alarme intérieure. C’est aussi pour cela que nous articulons le théâtre-forum avec des pratiques de sécurisation du cadre, d’écoute empathique et d’entraide affective : pour que l’exploration soit exigeante, mais pas écrasante.

Un “cadre laboratoire” : sécurité et responsabilité

Tester des alternatives relationnelles demande un cadre clair. Nous annonçons explicitement que l’on est dans une démarche d’apprentissage :

Ce cadre permet une chose essentielle : oser. Oser essayer une phrase nouvelle. Oser dire “stop”. Oser demander. Oser se montrer. Oser réparer. Oser recommencer.

Pourquoi choisir cet angle relationnel ?

Parce que beaucoup de personnes connaissent déjà “la théorie”. Elles savent ce qui serait souhaitable… mais, au moment décisif, quelque chose se grippe : la voix tremble, la colère monte, le corps se fige, la peur de perdre le lien empêche de parler. À l’inverse, certaines personnes savent agir fort, mais se sentent ensuite coupables, isolées, ou déconnectées.

Notre objectif est de soutenir une co-éducation aux compétences psycho-sociales : la capacité à communiquer, écouter, coopérer, réguler ses émotions, tenir une position, gérer les conflits, demander du soutien, prendre des décisions ensemble. Pas comme une liste d’aptitudes “idéales”, mais comme des compétences situées, qui s’apprennent dans des contextes réels.

Une ressource pour pratiquer en autonomie : Jdiwi Jdinon

Si vous souhaitez vous entraîner à animer, en autonomie, des séquences courtes autour du consentement (dire oui, dire non, poser une limite, entendre un refus), le jeu coopératif Jdiwi Jdinon peut servir de support simple et appropriable. Il aide à faire émerger, de façon ludique et progressive, les zones grises et les inégalités à dire oui ou à dire non selon les contextes (pression du groupe, hiérarchie, peur de déplaire, normes de genre, dépendances affectives ou matérielles). Vous pouvez l’utiliser comme déclencheur : une situation du jeu devient la “scène” de départ, puis le théâtre-forum prend le relais pour tester d’autres manières de formuler une demande, de demander du temps, de clarifier un accord, de refuser sans se justifier, ou de solliciter un tiers. L’important est de garder un cadre “laboratoire” (droit de passer, confidentialité, enjeu faible) et de terminer par un débrief centré sur une question clé : qu’est-ce qui rend un “oui” réellement libre, et qu’est-ce qui aide un “non” à devenir possible ?

Les approches ne s’excluent pas : elles se complètent

Nous ne pensons pas que l’approche relationnelle remplace l’approche systémique, ni l’approche intrapersonnelle. Au contraire : les situations du quotidien sont le lieu où ces dimensions se rencontrent. Une oppression structurelle s’incarne dans une interaction précise. Une blessure personnelle se réactive dans un contexte social donné. Une norme collective s’imprime dans nos gestes et nos silences.

La différence, c’est notre point d’entrée : nous partons de la scène concrète et de ses effets relationnels, et nous faisons dialoguer le psychologique et le politique à partir de là.

En pratique, qu’est-ce que ça change ?

Une séance de théâtre-forum “à la EnVies EnJeux” vise à faire émerger :

Le théâtre-forum devient alors un outil de transformation accessible : on ne promet pas de “résoudre” tout, mais de rouvrir du possible.

 

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